À la COP21, l’Inde plaide pour le droit au développement des pays les plus pauvres

À la COP21, l’Inde plaide pour le droit au développement des pays les plus pauvres

Photo: Money Sharma Agence France-Presse De jeunes Indiens participant à une campagne de sensibilisation à la pollution de l’air en juin dernier. Selon l’OMS, New Delhi est la ville où la pollution atmosphérique est le plus élevée au monde.

Photo: Money Sharma Agence France-Presse
De jeunes Indiens participant à une campagne de sensibilisation à la pollution de l’air en juin dernier. Selon l’OMS, New Delhi est la ville où la pollution atmosphérique est le plus élevée au monde.

Au moment où tout un chacun plaidait en faveur de la signature d’un accord ambitieux de lutte contre les bouleversements climatiques à Paris, l’Inde s’est présenté lundi en défenseur de l’utilisation des énergies fossiles, au nom du droit au développement des pays les plus pauvres. Le géant en pleine croissance pourrait d’ailleurs devenir un acheteur du pétrole des sables bitumineux canadiens, que Justin Trudeau estime pouvoir exploiter « de façon responsable », tout en luttant contre la hausse du mercure mondial.

« Nous avons toujours besoin des énergies conventionnelles. On doit les rendre plus propres, mais pas imposer la fin de leur utilisation », a insisté le premier ministre indien Narendra Modi en ouverture de la Conférence des parties (COP21) qui se tient dans la capitale française.

« La justice climatique demande qu’on laisse suffisamment de place pour la croissance des pays en développement », a ajouté le dirigeant du deuxième pays le plus peuplé de la planète, quatrième émetteur mondial de gaz à effet de serre (GES) et locomotive mondiale de la croissance de la consommation énergétique.

M. Modi a d’ailleurs rappelé que pas moins 300 millions d’Indiens, sur une population d’environ 1,25 milliard de personnes, sont toujours privés d’électricité. Dans ce contexte, le pays compte bien recourir encore longtemps au charbon, le pire des carburants fossiles, pour leur en fournir. Cette ressource, qui fournit actuellement 60 % de l’électricité du pays, devrait toujours compter pour au moins 50 % en 2040, selon l’Agence internationale de l’énergie (AIE).

En plus d’une croissance marquée de la consommation de charbon, celle du pétrole devrait connaître une hausse rapide, selon l’AIE. La demande quotidienne atteindra ainsi plus de 10 millions de barils d’ici 2040. Une partie des importations pourrait d’ailleurs provenir des sables bitumineux albertains. Il a en effet été souligné à quelques reprises que le pipeline Énergie Est, de TransCanada, servirait notamment à exporter du pétrole pour alimenter le marché indien.

Questionné sur les impacts climatiques indéniables de l’exploitation du pétrole de l’Ouest, le premier ministre Justin Trudeau a justement défendu le droit du Canada de mettre en marché ses ressources fossiles « de façon responsable » et « conformément à la science ». « C’est un gros défi, mais d’ordre technique et scientifique plus que philosophique, a-t-il fait valoir dans le cadre d’une entrevue au quotidien Le Monde. La décision philosophique, relevant d’un choix de civilisation, serait de passer outre le pétrole. On n’en est pas là et entre-temps, il est tout à fait raisonnable de tenter de développer de façon responsable ses propres ressources. »

Le fardeau de la responsabilité

Spécialiste des négociations climatiques, Hugo Séguin estime que l’Inde jouera un rôle important à Paris, puisque le pays est devenu « le leader des pays les plus vulnérables et les plus pauvres dans le cadre des négociations ».

Joint par téléphone à Paris, il a d’ailleurs souligné que la position défendue par le premier ministre Narendra Modi constitue en quelque « la base » de l’argumentaire des pays en développement. « Ils disent : «  nous ne sommes pas responsables du problème, nous en souffrons et nous n’avons pas les ressources pour y faire face. Mais vous, les pays riches, vous êtes historiquement responsables des changements climatiques qu’on subit actuellement. C’est donc à vous de réduire vos émissions, de nous offrir du soutien et de payer pour les pots cassés « . »

« L’Inde tient ce discours et le pays est très crédible en affirmant cela, a poursuivi M. Séguin, fellow au Centre d’études et de recherches internationales de l’Université de Montréal. On ne peut pas comparer l’Inde et la Chine. Oui, le pays est en forte croissance, mais il n’a pas du tout même niveau d’industrialisation. Les Indiens sont, en moyenne, extrêmement pauvres. » Qui plus est, les émissions par habitant sont de 1,7 tonne par année, contre environ 15 tonnes pour un Canadien.

Le premier ministre indien a néanmoins soutenu lundi le développement de sources d’énergie renouvelables, notamment solaires. Il a ainsi participé au lancement d’une« alliance internationale du solaire », en marge de la COP21.

Accord plus ambitieux

Face au concert de discours en faveur de la conclusion d’un accord climatique ambitieux, les dirigeants de 43 pays particulièrement exposés aux conséquences du réchauffement ont lancé un véritable cri du coeur en ouverture du sommet.

« Nous refusons d’être les sacrifiés de la communauté internationale à Paris », a ainsi déclaré Anwar Hossain Manju, le ministre de l’Environnement du Bangladesh, à l’occasion de la présentation d’une « déclaration » portée par ces pays, parmi lesquels l’Éthiopie, les Maldives et le Népal.

ledevoir.com

 

Tous ont plaidé en faveur d’une limitation du réchauffement à 1,5°C par rapport à l’ère pré-industrielle, un objectif encore plus ambitieux que le déjà très ambitieux 2°C fixé dans le cadre des négociations. Les engagements pris jusqu’à présent par 184 États placent la Terre sur la trajectoire d’une hausse d’au moins 3°C d’ici la fin du siècle. Ce forum de pays vulnérables réclame même une « décarbonisation complète d’ici à 2050 » avec un pic des émissions de gaz à effet de serre mondiales « au plus tard en 2020 ».

 

Un tel objectif apparaît pour le moins utopique, estiment les experts. De toute façon, les négociations en vertu des cibles actuelles s’annoncent déjà ardues, tant les fractures entre les positions des uns et des autres semblent toujours aussi importantes, malgré les années de discussions depuis l’échec retentissant de Copenhague, en 2009. La question de la répartition des efforts de réduction, mais aussi le financement promis aux pays pauvres pour leur permettre de s’adapter aux changements climatiques, ne sont pas réglées.

 

Le premier ministre Justin Trudeau a reconnu lundi que les pays riches comme le Canada devront dénouer les cordons de la bourse, comme ils se sont engagés à le faire il y a déjà six ans. « Nous devons nous assurer que les nations en développement sont parties prenantes des réductions d’émissions nécessaires pour limiter la hausse des températures à 2°C. Mais cela signifie que les pays développés doivent les aider à s’orienter vers les technologies vertes et une baisse des émissions », a-t-il expliqué au cours d’un point de presse.

 

Sans préciser quand serait présentée la stratégie canadienne de lutte contre les bouleversements climatiques, M. Trudeau a tout de même réitéré sa volonté d’agir.« Les Canadiens nous demandent de développer une économie qui sera en harmonie avec une forte protection de l’environnement. C’est ce à quoi ils s’attendent et c’est que nous allons livrer. »

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