Aristide devant le juge, ses partisans sur le béton

Aristide devant le juge, ses partisans sur le béton

photo:le nouveliste

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Jean-Bertrand Aristide a comparu mercredi devant le juge instructeur Jean Ivickel Dabrésil en charge de l’enquête sur l’assassinat de Jean Léopold Dominique en 2000. Après son audition, qui a duré plus de deux heures, l’ancien président n’a pipé mot à la presse. C’est la première apparition publique de Jean-Bertrand Aristide depuis son retour au pays en mars 2011 après sept ans d’exil.

Un temps maussade, une circulation fluide mercredi matin. Des groupuscules de gens massés un peu partout à Port-au-Prince. Dans les parages du palais national au Champ de Mars, un important dispositif de sécurité est remarqué. L’événement est cependant au Bicentenaire, quartier jadis mythique de Port-au-Prince où se trouve le palais de justice. Toutes les unités de la police nationale sont mobilisées. Pourquoi ? L’ancien président Jean-Bertrand Aristide est attendu. La première apparition publique de l’ancien prêtre de St-Jean Bosco depuis plus de deux ans. Les véhicules sont interdits de circuler devant l’ancien local de l’USAID faisant office de palais de justice depuis le séisme. Les piétons également ne sont pas les bienvenus, à moins qu’il s’agisse de travailleurs de la presse ou d’une autorité quelconque. Les curieux sont retenus à quelque 300 mètres. Ils ne sont pas (encore) nombreux. Le directeur général de la police, Godson Aurélus, a prévenu la veille : « interdiction de manifester dans les rues ». Dans les rues avoisinantes, il n’y a pas de manifestation, mais des marches. Jusqu’à maintenant. Il est 8h35, le long cortège de Jean-Bertrand Aristide arrive. Des agents lourdement armés accompagnent l’ancien chef d’Etat qui est à bord d’une Toyota Land Cruiser blindée, de couleur grise, immatriculée BB 16979. L’ancien président reste dans sa voiture, Maryse Narcisse et d’autres militants du parti qui l’accompagnent font la coordination. Le juge instructeur, lui, est déjà là. Depuis avant 7 heures. 9h. Des dizaines de journalistes sont massés devant le bureau du juge d’instruction chargé de l’enquête sur l’assassinat de l’ancien journaliste Jean Léopold Dominique. Le magistrat, qui s’apprêtait à entrer à la cour d’appel, ne veut pas être filmé. Les policiers présents passent le message aux journalistes. Ces derniers n’acceptent pas de se déplacer. Après des discussions, les travailleurs de la presse finissent par céder en se dirigeant vers une salle d’audience du tribunal qui leur était réservée. 9h03. Costume bleu, chemise blanche, cravate bleue à pois rouges, Jean-Bertrand Aristide se dirige vers le bureau du juge. Il est accompagné de ses trois avocats, Mario Joseph, Newton St-Juste et Bertaud Dorcé et du docteur Maryse Narcisse. Avec un sourire, l’ancien prêtre salue de la main les journalistes. Ces derniers sont contraints de rester dans une salle où Jean-Bertrand Aristide, selon ses proches, va donner un point de presse après l’audition. A l’extérieur, l’ambiance commence à surchauffer. Munis de pancartes, de banderoles, de branches d’arbres, les supporteurs crient :« Nou pa pè, nou pap janm pè ». Pas de doute, ils s’adressent aux forces de l’ordre. Devant la résidence de l’ancien président à Tabarre et dans d’autres quartiers populaires, des sympathisants du leader Lavalas défient également la police par des démonstrations populaires. 10 h. L’audition se poursuit. Des parlementaires pro-Aristide défilent dans la salle. Sont remarqués les sénateurs Pierre Francky Exius, Jean-Baptiste Bien-Aimé, Moïse Jean-Charles – ennemi farouche du président Michel Martelly. Le sénateur ne rate jamais une occasion de critiquer l’actuel chef de l’Etat. « C’est de la persécution politique, fulmine Moïse Jean-Charles. C’est un dossier judiciaire que Michel Martelly veut transformer en dossier politique. Nous n’allons pas l’accepter. L’ambassade des Etats-Unis et celle de la France sont aussi impliquées dans ce dossier », accuse le bouillant parlementaire aux micros des journalistes. Les minutes s’égrènent. « Est-ce qu’Aristide va effectivement prendre la parole ici? », se demande un journaliste assis sur un banc dans la salle d’audience. « Moi, je ne crois pas, lui répond un confrère. Je pense que c’est une façon pour les autorités de se débarrasser de nous. Nous risquons de rater l’événement. » L’un des membres du « protocole » rassure les journalistes. « Il ne va pas répondre aux questions, mais il va faire une déclaration », dit-il. Bousculade pour placer les micros. L’attente aura duré plus de deux heures. 12h02. Jean-Bertrand Aristide laisse le bureau du juge instructeur et évite les journalistes qui l’attendaient dans la salle d’audience. Bourdonnements, déception, bousculades…Bien escorté, l’ex-président est conduit dans sa voiture qui était garée tout près d’une porte de sortie. « Titid reste un phénomène. Il est le seul à pouvoir bloquer la ville », lance un homme, probablement un employé de l’appareil judiciaire. « Oui, c’est Aristide le roi. C’est un Chavez II », enchaîne un sexagénaire, qui cherchait à voir Aristide. Mais, en vain. Le cortège s’apprête à quitter les locaux du palais de justice. Le dispositif de sécurité est imposant. A peine la barrière franchie, Jean-Bertrand Aristide sort du véhicule pour saluer de la main ses sympathisants qui ont franchi les périmètres de sécurité. C’est le délire. « Aristide ou la mort », scande la foule qui accompagne dans la foulée le cortège. Des drapeaux, des pancartes, des banderoles, des photos de l’ancien président, il y en a en grand nombre. Le message sur l’une des banderoles attire cependant l’attention: « Pèsekite l, se pèsekite n ; plis ou pèsekite l, se plis nou renmen l. » (Le persécuter, c’est nous persécuter ; autant que vous le persécutez, autant que nous l’aimons). Tout au long du parcours, les supporteurs, qui ont bravé l’interdiction de la police de manifester, lancent des propos hostiles au pouvoir actuel. Des petites banderoles, avec des photos de Michel Martelly et du Premier ministre Laurent Lamothe, récemment placés au Champ de Mars, ont été déchirés. « Men sak Lavalas la ! », crache une dame d’une cinquantaine d’années, une photo de l’ancien président posée sur son sein. « Je viens de m’amuser dans la foule avec mon bracelet rose (adepte de Martelly) au bras. Ne me posez pas de question s’il vous plaît », plaisante de son côté une dame un peu essoufflée, jeans bleu et t-shirt décolleté gris. Elle ne pouvait pas suivre le cortège qui a pris la direction de Bel-Air, quartier populaire, l’un des fiefs d’Aristide. Une fois arrivé au Bel-Air, JBA est sorti de nouveau de sa voiture pour saluer ses sympathisants. Même geste devant sa résidence dans l’après-midi pour remercier tous ses supporteurs. Cette fois-ci, ces derniers n’auront pas fait irruption chez lui comme lors de son retour d’exil en mars 2011. Rien n’a été filtré de l’audition dans le cadre de l’enquête sur l’assassinat, en 2000, du directeur de Radio Haïti Inter, Jean Léopold Dominique, et du gardien de la station, Jean-Claude Louissaint. Les proches de l’ancien président avancent comme argument la fameuse formule « l’audition est secrète ». « Jean-Bertrand Aristide est toujours prêt à collaborer avec la justice, a déclaré Me Newton St-Juste. Il a fourni toutes les informations que le juge a souhaité recueillir dans le cadre de son travail. Pour le moment, il n’y a aucune nouvelle invitation ni convocation.»

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