Conforter notre identité guadeloupéenne.

Conforter notre identité guadeloupéenne.

Jean ClaudeMai 2015 fera date. Mois de mémoire. Mois chargé d’Histoire. Avec l’affirmation de notre intelligence collective, le dessein de mieux vivre ensemble et l’implacable volonté de privilégier ce qui nous rassemble, nous devons en ce mois de Mai, au-delà de nos identités respectives, nous appuyer sur le passé pour regarder lucidement vers l’avenir. Soigner les blessures du passé, Oui. Régler des comptes, Non.

A la discorde faisons le pari de la concorde. Au-delà de nos différences acceptées, perçues comme un enrichissement, ce qui nous rassure, c’est cette farouche détermination de conforter, ce qui est plus grand que nous, notre identité guadeloupéenne.C’est vrai, on ne construit pas sur un mensonge. On n’avance pas dans des mythes de la pureté des origines, encore moins en occultant le réel. Il faut être conscient, de nos terribles handicaps, nos insuffisances dans le réussir ensemble. Mai 2015 se veut une nouvelle régénérescence du vivre ensemble. Mai 2015 fera donc date. Mais comment peut-il en être autrement avec l’inauguration de notre Mémorial ACTe, avec la venue sur notre sol de si prestigieux et honorables chefs d’Etat, de gouvernements, de ministres et de tous ceux concernés car intimement liés à notre histoire, mais aussi à nos rapports présents et futurs.

Tout doit être fait, pour qu’une diaspora trop longtemps emmurée dans la souffrance et de mensonges entretenus, puisse dépasser les séquelles d’un passé deshumanisant. Le fonds a été touché. Il ne s’agit pas de traquer les responsables de ce pan de notre histoire qui n’est pas, et ne saurait être toute notre histoire. Mais, il s’agit dans une union plus fraternelle et plus responsable, dans la diversité de nos différences, d’autoriser l’embellie d’une irrésistible remontée. Il s’agit donc dans un métissage-fusion inédit, comme chez nous, de donner une espérance autre, à notre devenir. Nous nous félicitons que l’Assemblée générale de l’ONU ait déclaré le 21 mai comme journée mondiale de la diversité culturelle pour le dialogue et le développement. Avec nos colloques et manifestations diverses, cette journée a permis d’approfondir notre compréhension des valeurs et les richesses de la diversité culturelle, indispensables au mieux vivre ensemble.

Disons-le. Nous fustigeons la couleur, ou l’utilisation d’un trait physique comme fondement de l’ordre social. Cette idéologie s’appuie et nous l’avions déjà dit, sur un déterminisme primaire comme la couleur de l’épiderme, la texture des cheveux, les traits du visage, couleur des yeux…les origines… qui échappe à notre volonté.

Oui ! L’idéologie coloriste, «préjugé de couleur», qui s’autoproclame légitime et hiérarchisante, n’est rien d’autre que du racisme. À nos yeux, cette classification de l’exclusion du cercle de l’humain, basée uniquement sur l’épiderme, ou la classe sociale, distinguant pendant des siècles, chez nous : blanc, métis, mulâtre, câpre, quarteron, octavon, chabin, sacatra, nèg congo, mandingue, nagos, Ibo, dandas, bourriquis, caplaous, zyndyens, syriens, caraïbes, les “bâta”à toutes les sauces et autres patati et patata, est révolue, car malsaine. Ces élucubrations, avec les noirs- Kalinas, d’un monde qui n’est plus, est un frein à la réconciliation mémorielle. Nous ne reconnaissons, au 21 siècle, que des citoyens, républicains et égaux. Tant pis pour les populistes, les réductionnistes, les dresseurs de cerveaux et nos ti-mal, experts en tout, qui s’alimentent dans les dépotoirs de l’histoire.

Un grand danger nous guette. Le communautarisme régressif. La guerre de tous contre tous, avec des comportements paniques et meurtriers qui interpellent. La créolisation du monde et l’acceptation de la diversité culturelle, constituent le challenge de la société de demain. L’incitation à la haine, à la discrimination, à la violence, au repli dans des prisons identitaires, n’est pas notre combat. C’est un véglaj, un virus mortel.

Les historiens, les archéologues, les économistes, ont donc d’importantes responsabilités, dont notamment celles qui découlent de leur obligation de rigueur scientifique. Il ne suffit pas de raconter de belles histoires pour qu’elles soient justes. Et de juxtaposer les problématiques de différentes époques en faisant du neuf avec de l’ancien ! On ne peut ici que se féliciter de la médiatisation sans précédent et surtout de la tenue de colloques et d’ouvrages (plus scientifiques) autour des problématiques de l’esclavage, de la traite, de leurs conséquences et de l’exploitation des êtres humains.

Commencées le 2 mai avec le fidèle hommage à Serge Balguy, nos commémorations iront jusqu’au 28 mai sur les traces de Delgrès au Matouba sans oublier les tragiques évènements des 26 et 27 Mai 1967. Nous nous réjouissons que dans le cadre de la cérémonie du 27 mai 2015 commémorant cette fois la seconde abolition de l’esclavage, qu’outre la cérémonie officielle organisée par l’Etat et qui a lieu chaque année au Fort Delgrès, que le Conseil régional de la Guadeloupe, ait prévu une manifestation du souvenir, sur le site du Mémorial ACTe, à Darboussier – Pointe-à-Pitre.

Dans l’Hexagone, comme chez nous, la flamme de mémoire est dans nos cœurs et nos espérances. Que résonnent les tambours de nos commémorations !

caraibcreolenews.com

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