De la tradition orale à l’Internet: ce qu’on perd en chemin

De la tradition orale à l’Internet: ce qu’on perd en chemin

Les auteurs qui utilisent leur site Web pour diffuser leurs œuvres le font davantage pour des raisons de visibilité que de profit. En fait, certains auteurs vont jusqu’à mettre l’ensemble de leur œuvre gratuitement en ligne, tandis que leurs livres de papier se vendent encore en librairie.

C’est ce qu’évoquait la chercheuse Nadine Desrochers, professeure adjointe au Département de bibliothéconomie et des sciences de l’information de l’Université de Montréal, qui présentait récemment une conférence au Congrès SHARP (Society for the History of Authorship, Reading and Publishing), qui accueillait plus de 200 chercheurs intéressés par l’histoire du livre et ses transformations.

Dans le cadre d’une recherche menée auprès des auteurs utilisant l’Internet, Mme Desrochers a constaté que 23 % d’entre eux avaient mis un livre au complet en libre accès en ligne.

«La plupart des auteurs qui publient en ligne ont pour but premier de faire connaître leurs œuvres, et non d’en tirer un profit en argent », confirme Kathleen Schreurs, chercheuse de l’Université de Western Ontario, qui présentait une conférence sur le même thème.

Par ailleurs, plusieurs auteurs interrogés par Mme Schreurs dans le cadre de sa recherche sur l’utilisation de l’Internet par les écrivains ont indiqué qu’ils devaient parfois se rendre dans des lieux où l’accès au Wi-Fi était restreint, pour garder la concentration nécessaire à l’écriture.

Sous le thème Générations et régénérations du livre, le congrès offrait un éventail de conférences sur les thèmes les plus divers, des partitions musicales du XVIIIe siècle aux livres du futur. Marie-Hélène Jeannotte, du Groupe de recherches et d’études sur le livre au Québec (GRELQ), a pour sa part présenté une analyse du passage de la tradition orale à la production de textes écrits dans le monde autochtone québécois. Ainsi, plusieurs contes traditionnels autochtones, qui ont voyagé au moyen de la tradition orale depuis des siècles, sont désormais fixés sur le papier. La chercheuse a noté que plusieurs richesses du mode de transmission oral se perdent au moment de cette transition. Chez les autochtones, le conteur, par sa personnalité et son statut, donne une légitimité au récit, en plus d’offrir une performance et un potentiel interactif, avec une variabilité dans les récits. La tradition orale porte en elle-même un caractère « vivant et sacré ». La légitimité du mythe repose sur la crédibilité du conteur, note Jeannotte, citant à cet égard l’anthropologue Sylvie Vincent.

Oralité 2.0

Il est d’ailleurs intéressant de relever que l’usage de l’Internet permet désormais de coupler la transcription écrite d’un conte avec la diffusion de sa version orale en fichier audio, souvent enregistrée dans la langue d’origine de l’histoire. En ce sens et paradoxalement, les nouvelles technologies ont le pouvoir de préserver la tradition orale, note-t-elle.

Jeannotte a étudié trois transcriptions écrites de contes de la tradition orale autochtone. L’anthropologue Rémi Savard a récolté des contes auprès des communautés innues du Québec dans les années 1970. Ces contes ont été publiés en français, en anglais et en innu, tels qu’entendus, puis ont été accompagnés d’une imposante section d’interprétation et d’analyse. À l’époque, Savard a également veillé à publier une photo ainsi que des notes biographiques détaillées du conteur, Pepne Penashue. Supprimant toute référence à des sources ou à une quelconque bibliographie, Bernard Assiwini, considéré comme le premier auteur autochtone du Québec, qui signait Anish — Nah-Bé, en 1971, aux éditions du Jour, a pour sa part établi sa crédibilité autochtone en utilisant fréquemment la langue autochtone d’origine du conte.

Enfin, Jeannotte a étudié le récit La femme venue du ciel, publié en 2011 par Louis-Karl Picard-Sioui, aux éditions Hannenorak, de Wendake. Dans cette édition, Picard-Sioui, tel l’anthropologue, s’efface complètement derrière le récit. Les éditions Hannenorak ont d’ailleurs consulté le conseil traditionnel de Wendake pour valider la version offerte de ce conte. Précisant qu’il ne veut pas favoriser cette version du conte au détriment des autres, le Conseil se réjouit de voir ce récit publié pour la première fois en français.

En marge de ces voyages dans l’histoire du livre, le congrès présentait une exposition de pièces issues de l’histoire littéraire du Québec.

Ainsi, on pouvait regarder les carnets de travail d’Anne Hébert, alors qu’elle travaillait sur le manuscrit de son roman Kamouraska.

On peut aussi voir la page couverture originale de Deux sangs, un recueil de poésie signé Gaston Miron et Olivier Marchand, premier recueil à avoir été publié aux éditions de l’Hexagone au moment de la création de la maison, en 1953.

Ledevoir.com

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