Entretien: les cordons sanitaires dans la lutte contre le choléra en Haïti

Entretien: les cordons sanitaires dans la lutte contre le choléra en Haïti

« Me laver les mains avant de manger et nourrir mon bébé, me laver les mains après m’être soulagée, utiliser Aquatabs pour purifier l’eau… », Sherline Deus énumère les étapes qu’elle doit suivre pour protéger ses enfants et se prémunir elle-même du choléra dans la ville de Grand Bois, dans le nord-est d’Haïti, près de la frontière entre le pays et la République dominicaine.

Mme Deus n’est pas la seule à répéter chaque jour ses différentes étapes.

Aux côtés d’une dizaine de ménages voisins, elle fait partie d’un « cordon sanitaire » établi par une équipe d’intervention mobile dans le cadre des mesures prophylactiques prises pour couper court à une possible propagation du choléra, après qu’un de leurs voisins, Pierre, a contracté la maladie.

Comme pour chaque cas suspect de choléra déclaré, celui de Pierre a déclenché le mécanisme de réponse rapide déployé sur l’ensemble du territoire haïtien depuis maintenant trois ans, et dont l’efficacité n’est plus à démontrer.

Ces cordons sanitaires constituent l’une des multiples mesures prises par les équipes d’intervention rapide, composées de représentants d’organisations non-gouvernementales (ONG) et du gouvernement, et soutenues par les Nations Unies – notamment le Fonds des Nations Unies pour l’enfance (UNICEF), l’Organisation mondiale de la santé (OMS) et sa représentation régionale, l’Organisation panaméricaine de la santé (OPS) – afin de faciliter la coordination des différents acteurs impliqués dans la lutte contre l’épidémie de choléra.

Suite à l’éclatement de cette dernière en Haïti en 2010, les efforts haïtiens et internationaux ont considérablement réduit le nombre de cas de choléra et de décès de près de 90% depuis le pic d’incidence de la maladie en 2011, où 350.000 cas de choléra ont été recensés dans le pays, selon les statistiques du Ministère haïtien de la Santé. En effet, en 2015, le nombre de cas suspects de choléra était retombé à environ 36.000.

Au total, les différentes agences de l’ONU en Haïti ont soutenu le gouvernement du pays pour mobiliser environ 307 millions de dollars en faveur de son plan national pour l’élimination du choléra. Sur ces 307 millions, l’ONU a directement alloué plus de 59 millions de dollars pour mettre en œuvre 291 initiatives, non seulement dans le cadre de la réponse rapide, mais aussi de la réponse à plus long terme pour faire face aux causes profondes de l’épidémie. Ces mesures incluent le renforcement de l’approvisionnement en eau potable, la construction et l’amélioration des infrastructures d’assainissement et d’hygiène, l’amélioration de l’accès à des services de santé de qualité et le développement des capacités dans le secteur de la santé préventive.

Cependant, le choléra demeure une situation d’urgence en Haïti. En 2016, le Ministère de la santé a enregistré 21.661 cas suspects de choléra et 200 décès liés à la maladie, entre le 1er janvier à 9 juillet. Des fonds sont nécessaires pour maintenir l’approche d’intervention rapide mise en place, qui a démontré sa capacité à sauver des vies et à contrôler l’épidémie.

« Une fois que nous arrivons à un endroit, nous visitons d’abord la famille du patient atteint de choléra. Nous interrogeons ses parents à partir d’un questionnaire standard contenant des questions telles que les pratiques d’hygiène dans le ménage, leur source d’approvisionnement en eau habituelle, les récents voyages du patient et de sa famille, l’occupation du patient, etc. ; le but est d’identifier la cause de l’épidémie aussi rapidement que possible pour éviter toute nouvelle propagation de la maladie », a déclaré Brigitte Honoré, une haïtienne de 34 ans travaillant au sein d’une équipe d’intervention mobile gérée par l’ONG Oxfam.

Une fois l’évaluation du malade effectuée, des spécialistes comme Mme Honoré et ses collègues entament alors une désinfection exhaustive de la maison du patient et de ses environs immédiats, afin d’éliminer tout résidu du virus et d’empêcher d’autres membres de la famille ou des amis de tomber malade.

« La dernière étape de notre visite est la sensibilisation. Notre objectif est de montrer aux gens la façon dont ils peuvent se prémunir du choléra avec des mesures simples, telles que le lavage des mains, la purification de l’eau, etc. », a expliqué Mme Honoré. « Nous leur fournissons également des doses de chlore pour un mois, du savon et un seau ».

Avant leur départ, les équipes d’intervention mobiles administrent également une dose d’antibiotiques à tous les membres du ménage, dans le but d’établir un « bouclier d’immunité » contre les bactéries pour une période de trois jours, de manière à briser toute chaîne de transmission.

La mise en place du cordon sanitaire obéit à une logique similaire. En appliquant le protocole préventif décrit aux familles qui résident dans le périmètre immédiat d’un patient atteint de choléra, les équipes d’intervention mobiles tentent d’isoler les bactéries et de protéger les voisins du patient. Après la mise en œuvre des mesures préventives, les équipes continuent de rechercher activement d’autres maladies ou morts suspectes dans la région qui pourraient indiquer la présence du choléra.

Quelques jours après leur visite initiale, les équipes d’intervention mobiles se rendent à nouveau dans les maisons situées au sein du cordon sanitaire pour réaliser un suivi. Ce dernier consiste essentiellement à tester l’eau potable de la maison pour confirmer qu’elle a été traitée avec du chlore, ainsi qu’à vérifier le respect par le ménage des consignes de protection.

« Le plus souvent, les gens savent exactement ce qu’il convient de faire », a indiqué Mme Honoré. « Mais dès que le risque imminent de choléra est passé, ils retombent dans leurs anciens travers, comme aller chercher de l’eau provenant de sources non protégées et non purifiées ».

Dans le cas particulier de Grand Bois, les experts de l’UNICEF ont estimé que la cause de l’épidémie provenait d’une source d’eau contaminée. La défécation en plein air est une pratique répandue au niveau local qui augmente les risques de contamination par les matières fécales des sources d’eau ouvertes et non protégées, telles que les rivières et les puits, surtout pendant la saison des pluies.

Le plus souvent, les gens savent exactement ce qu’il convient de faire.

Les résultats d’un programme d’observation de l’approvisionnement en eau et de l’assainissement, mené conjointement par l’UNICEF et l’OMS, démontrent qu’en 2012, seulement 62% des Haïtiens avaient accès à l’eau potable améliorée et seulement 24% de la population avait accès à des toilettes individuelles – des chiffres qui ont depuis respectivement chuté à 47% et 16% dans les zones rurales, comme Grand Bois.

« Parmi les différentes actions que l’ONU peut prendre pour soutenir Haïti dans sa réponse au choléra, nous avons constaté que la réponse rapide et la sensibilisation se sont avérées être deux des principaux piliers des efforts pour sauver des vies », a déclaré le Coordonnateur humanitaire de l’ONU et Représentant spécial adjoint de la Mission des Nations Unies pour la stabilisation en Haïti (MINUSTAH), Mourad Wahba.

Mais la réponse rapide n’est que l’une des nombreuse actions entreprises par l’ONU pour soutenir Haïti dans sa lutte contre le choléra, a ajouté M. Wahba, soulignant que, afin de continuer à appliquer les meilleures réponses rapides et à long terme possibles, « un financement prévisible est nécessaire pour les cinq prochaines années ».

« Permettez-moi de dire que le financement est très visible», a-t-il ajouté. « Il est alloué à deux domaines principaux : en premier lieu, l’apport d’une réponse rapide, qui est, je le crois, capitale pour contenir la propagation du choléra ; et en second lieu, encore plus important sur le long terme, l’accès à l’eau et à l’assainissement, qui est également essentiel pour contenir le choléra et générera d’autres bénéfices en matière de santé pour toute la population ».

Source: un.org

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