Fidel Castro, le dernier révolutionnaire

Fidel Castro, le dernier révolutionnaire

DISPARITION – Le Lider Maximo est mort vendredi à La Havane à l’âge de 90 ans. Il s’était retiré du pouvoir en 2006, après 47 ans de règne d’une main de fer sur Cuba.
Le vieux croque-mitaine du capitalisme est mort vendredi soir à l’âge de 90 ans à La Havane. C’est son frère Raoul, l’actuel président cubain qui l’a annoncé, en lisant une déclaration à l’antenne de la télévision nationale. Arrivé au pouvoir en 1959, l’ancien avocat a dirigé Cuba d’une main de fer pendant près de cinq décennies. Tel un Alceste des tropiques, Fidel Castro se sera entêté jusqu’au bout à défendre la révolution cubaine. Depuis que la maladie l’a obligé à céder le pouvoir à son frère Raul, en 2006, il s’était mis à commenter l’actualité planétaire dans des éditoriaux au journal officiel Granma, intitulés Réflexions du camarade Fidel. Il avait beau savoir, lui qui faisait surveiller chacun par son voisin, que la jeunesse de son pays, lasse de ses slogans éculés, ne l’appelait plus que «el loco»,le fou, il s’obstinait à jouer le «dernier des Mohicans».

Muré dans un orgueil hypertrophié, le Lider Maximo ne voulait plus rien entendre, rien voir et surtout pas les façades lépreuses de La Havane. Il était devenu une statue qui devait briller pour l’éternité comme un «phare devant les yeux du monde». Pour laisser à la postérité l’image d’un révolutionnaire pur et dur qui aura été trahi par ses amis – les Soviétiques – comme par ses ennemis – les Yankees -, Fidel Castro était prêt à sacrifier tous les Cubains.

Sanglants échecs
Fidel est né en 1926. Venu de sa Galice natale, son père, Angel, avait acquis une plantation de canne à sucre. La famille est aisée. Fidel fera toutes ses études chez les jésuites. Il n’est pas leur élève le plus brillant, mais, en 1944, il mérite le titre de meilleur athlète du collège de Belen. Le jeune homme est aussi une tête chaude et déjà un vrai chef de bande. Étudiant en droit, il va organiser une expédition en République dominicaine pour renverser le général Trujillo. Elle tournera au désastre, mais, un an plus tard, Fidel participe à une insurrection à Bogota, en Colombie. «Nous avons été romantiques, libertaires, utopistes», racontera plus tard avec complaisance le Lider Maximo. Il aime faire croire qu’il n’est venu au communisme qu’à cause de l’attitude hostile des «Yankees» à son égard. La thèse selon laquelle il aurait été recruté dès l’université par le KGB paraît plus vraisemblable.

La vie du futur caudillo bascule officiellement en 1952. Il est avocat depuis deux ans et le Parti du peuple cubain, dit Parti orthodoxe, présente sa candidature aux législatives. Mais le général Batista fait annuler le scrutin et prend le pouvoir. Fidel Castro quitte La Havane et se replie sur sa province natale d’Oriente. Le 26 juillet 1953, à la tête d’une centaine d’opposants, il se lance à l’assaut de la forteresse Moncada de Santiago. Tout comme ses expéditions dominicaines et colombiennes, c’est un sanglant échec. La moitié des insurgés est massacrée, l’autre, dont Fidel et son frère cadet Raul, sera condamnée à de lourdes peines de prison.
Fidel Castro ne restera incarcéré que dix-huit mois. En 1955, Fulgencio Batista proclame une amnistie générale. À peine libérés, les frères Castro reprennent le combat. Ils créent le Mouvement du 26 juillet, dit M 26, dont le but avoué est de renverser la dictature militaire. Aux États-Unis, Fidel collecte des fonds pour son organisation. Au Mexique, il s’entraîne avec d’autres exilés cubains à la guérilla. Le 30 novembre 1956, le commando embarque à bord d’un vieux rafiot, le Granma,pour rejoindre Cuba. Ils sont armés jusqu’aux dents, mais les troupes régulières déciment les guérilleros, et seule une poignée d’hommes parviendra à s’échapper. Parmi eux, Fidel et Raul Castro, ainsi qu’Ernesto Guevara, dit le Che.
Ceux qu’on va bientôt appeler les barbudos sont en guenilles. Ils se réfugient dans la jungle de Sierra Maestra où les paysans les ravitaillent. Bientôt commencent les premières attaques contre des convois, puis des garnisons. La troupe rebelle s’étoffe. En 1958, Fidel Castro, fort de 800 guérilleros, déclare une «guerre totale» au régime de Batista. Il ira de victoire en victoire parce qu’il rallie les Cubains en leur parlant de liberté et de justice. L’utopie a trouvé son nouveau héros.
Fuir le «paradis» cubain
1959. Fidel Castro, après la bataille de Santa Clara, entre en triomphateur à La Havane. Batista a quitté Cuba. La fête bat son plein. Le comandante se garde de dévoiler tous ses projets. Il appelle à la présidence un libéral, le docteur Manuel Urrutia, et se rend aux États-Unis pour assurer qu’il maintiendra la base américaine de Guantanamo, ne touchera pas aux propriétés privées étrangères et restera fidèle aux valeurs des démocraties occidentales.

À Cuba, dans le même temps, on emprisonne les «ennemis de la révolution». Ni le Che ni Castro ne renâclent à participer aux exécutions sommaires. Ils lancent aussi une réforme agraire, nationalisent les compagnies minières qui appartiennent à des Américains et se débarrassent du président Urrutia en le contraignant à la démission.
Les relations avec Washington vont très vite s’envenimer. En 1961, elles sont rompues et Washington instaure le blocus économique de l’île, tandis que Fidel Castro reçoit l’ordre de Lénine avant de devenir héros de l’Union soviétique. Après l’accord «sucre contre pétrole», La Havane et Moscou sont en pleine lune de miel. Le débarquement d’exilés cubains soutenus par la CIA dans la baie des Cochons s’est soldé par un fiasco. Le comandante exulte. Mais la crise des missiles, en 1962, ne tournera pas en sa faveur. Malgré son jusqu’au-boutisme, Soviétiques et Américains, conscients de l’enjeu, négocient entre eux.
Furieux, le Lider Maximo se met à flirter avec Pékin. Son parti des Organisations révolutionnaires intégrées s’est définitivement transformé en Parti communiste cubain. Sur la scène internationale, il endosse les habits d’un non-aligné, mais ses mercenaires, payés par Moscou, se battent en Angola, Éthiopie, Nicaragua, Surinam, Congo, Libye, Yémen et Guinée-Bissau au nom de la «solidarité internationale prolétarienne».
Le Lider Maximo cultive le mystère
À Cuba, la population est solidement encadrée par les Comités pour la défense de la révolution, ou CDR. L’opposition a été décimée et ne pourra jamais relever la tête. La presse est aux ordres. Fidel Castro lance des «plans grandioses» et la foule sur la place de la Révolution applaudit. Elle n’a pas le choix. Lorsqu’il accueille les intellectuels qui se précipitent vers la nouvelle Mecque, sa faconde et sa verve font merveille. La gauche occidentale voit en lui une sorte de Gargantua de la révolution avec son éternel treillis vert olive, sa casquette et ses gros cigares. Personne ne remarque les gusanos, ces malheureux qui cherchent à fuir le «paradis» cubain, les prisons où croupissent des milliers de détenus politiques, les granjas, ces fermes collectives qui sont en réalité des camps de travail forcé.
Tout en affichant une simplicité qui sied au défenseur des opprimés, le Lider Maximo cultive le mystère. Les Cubains ignorent tout de sa vie privée. Ils ne le verront jamais manger. L’homme cachera aussi soigneusement ses épouses, ses maîtresses et les enfants qu’elles lui donnent. On ne sait rien non plus de ses résidences, de ses déplacements, de son mode de vie.
Tant que Moscou subventionne Cuba – de 1959 à 1989, La Havane aurait coûté 100 milliards de dollars à l’Union soviétique -, Fidel Castro peut vanter à la face des capitalistes le système éducatif qu’il a mis en place – les enfants sont en effet tous scolarisés -, les programmes de santé publique et les succès des sportifs cubains. Mais la Perestroïka, que le Lider Maximo refuse d’appliquer dans son île, va dévoiler le véritable visage de la révolution cubaine. Sans aide soviétique, tout s’écroule très vite. Le pétrole va bientôt manquer, mais aussi le savon, les légumes, la viande. La pénurie devient endémique, le marché noir aussi.
«El loco» est malade
Sourd et aveugle, Fidel Castro joue encore au matamore, mais l’affaire Ochoa, en 1989, révèle les dessous mafieux du régime. Accusés d’avoir organisé un trafic de drogue international que Fidel Castro ainsi que son frère ne pouvaient ignorer, le général Ochoa, héros des campagnes africaines, le colonel Antonio de la Guardia, un James Bond cubain, et deux autres officiers seront exécutés à l’issue d’un procès stalinien.

Fidel Castro, qui croit avoir sauvé la face, plastronne. Mais la débâcle le rattrape. Pour obtenir des devises, il est contraint d’autoriser la libre circulation du dollar, d’encourager le tourisme et de flatter, toute honte bue, les capitalistes de passage. La nomenklatura s’enrichit. Mais les paysans n’ont toujours pas le droit de vendre leur production sur les marchés. De plus en plus de Cubains cherchent à fuir vers les États-Unis. Les balseros quittent l’île sur des embarcations de fortune. Fidel Castro en fera couler quelques-unes comme le 13 de marzo, sacrifiant vingt enfants. Ou bien il favorise avec cynisme le départ des boat people dans l’espoir que Washington, alarmé par le flot des réfugiés, va desserrer le blocus économique.
Agrippé à la révolution, le Lider Maximo ressemble de plus en plus à Ubu roi. Une de ses filles naturelles, Alina, s’est exilée aux États-Unis. Comme Svetlana, la fille de Staline, elle raconte les «lubies» du dictateur et affirme: «Lorsque je l’entends pérorer sur la révolution, j’ai la nausée.» À Moscou, la presse révèle, non sans malice, son train de vie et dénonce ses 3 yachts, ses 32 résidences et ses 9700 gardes du corps personnels.
Tout échappe au vieux potentat. Lui-même, en triturant un mouchoir blanc que lui a offert mère Teresa, parle à ses visiteurs de l’enfer. En 1996, Fidel Castro, qui a été excommunié, insiste pour rencontrer le Pape au Vatican et l’invite à venir à La Havane. Au mois d’août 1997, la rumeur court à travers toute l’île: «el loco» est malade. Au 5e congrès du Parti communiste, en octobre de la même année, Fidel Castro apparaît déjà très affaibli. En 2001, il s’évanouit au milieu d’un de ses interminables discours. Mais ce n’est qu’en 2006, à la suite d’une hémorragie intestinale qui nécessite une opération chirurgicale, que le Lider Maximo délègue ses pouvoirs à son frère cadet, Raul, alors numéro 2 du gouvernement. En 2008, Fidel ne se représente pas à l’élection présidentielle et laisse donc Raul lui succéder à la tête du régime.

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